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« Là, c’est le coup de massue » : Vallourec ferme son usine de Déville-lès-Rouen

Le bruit sourd des longs tubes d’acier s’entrechoquant ne devrait plus résonner longtemps au cœur de la cité ouvrière de Déville-lès-Rouen, en Seine-Maritime. Si le travail a repris au sein de l’usine Vallourec, après quelques jours « à digérer le choc », les 190 salariés restent sonnés par l’annonce du leader mondial de la fabrication de tubes sans soudure destinés à l’industrie pétrolière et gazière, publiée dans un communiqué de presse, mercredi 18 novembre : la fermeture du site normand y est actée en quelques lignes, sur fond de « renforcement de la compétitivité » d’un groupe industriel français lourdement endetté (3,5 milliards d’euros) et plombé à la fois par la crise des marchés des hydrocarbures (70 % de son activité) et la pandémie de Covid-19. Selon l’intersyndicale CFE-CGC-CFDT-CGT, l’usine dévillaise pourrait fermer « au 30 juin 2021 ».

La Normandie n’est pas seule visée. Le drastique plan de restructuration de Vallourec, qui s’ajoute à une première vague de licenciement de 900 personnes au cours du premier semestre, prévoit de supprimer 1050 postes sur plus de 19 000 salariés à travers le monde : 500 au Brésil, 200 en Allemagne et 350 en France. La totalité des employés normands, donc, mais aussi 130 personnes sur les sites de Vallourec dans le Nord (Aulnoye-Aymeries, Saint-Saulve et Valenciennes).

A Déville-lès-Rouen, les salariés ne tombent pas de l’armoire. La suppression, en 2016, de 180 emplois et l’arrêt du laminoir servant à fabriquer les tubes – l’usine ne conservant depuis que son activité de traitement thermique de tubes produits en Allemagne – avait constitué un premier coup de boutoir. Et ces derniers mois, la chute des commandes ne permettait plus d’occuper les 190 salariés en continu. « Là, c’est le coup de massue, déplore Philippe Quesnel, délégué syndical CFE-CGC. Nous connaissions les difficultés, certes, mais nous discutions d’un autre scénario qui tenait la route, à savoir une réduction d’effectifs d’environ 50 postes. On escomptait un gros contrat avec l’Afrique du Nord, qui n’a finalement pas été signé. On se refusait à croire à une fermeture totale… »

Mais l’état-major de la multinationale a opté pour la méthode forte, avec en tête une perte nette de 636 millions enregistrée sur les neuf premiers mois de l’année. « La baisse de la demande justifie cette décision. Nous avons trop d’usines au regard de la demande », argue Cédric Souillart, directeur industriel France. Et de développer : « Les marchés accessibles depuis l’Europe (mer du Nord, Moyen-Orient, Afrique) sont structurellement en déclin. Et la crise sanitaire, doublée dans la foulée d’une crise économique, a été le coup de grâce. Cela a exacerbé cette tendance de fond. Nous, nous intervenons au niveau de l’investissement des compagnies pétrolières, au moment de la construction des puits. Or, ces compagnies, confrontées à la baisse de la demande et du prix du baril, ont fortement réduit leurs investissements, à long terme de plus. »

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