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« Cet hiver, on va devoir bricoler pour survivre » : en Grèce, le désarroi d’une population dépendante du tourisme

« Nous avons survécu à un été difficile. Mais combien de temps pourrons-nous vivre sur nos économies ? », s’interroge Rania Pantilieri, la gérante d’un café donnant sur la caldeira de l’île de Santorin, en Grèce, où des milliers de visiteurs affluent d’ordinaire pour admirer l’un des plus beaux couchers de soleil du monde. « J’ai un loyer de 8 000 euros par mois, des factures d’électricité et d’eau, le téléphone à payer… Et les deux mois d’été où j’ai fonctionné à peu près normalement ne me suffiront pas à passer l’hiver », soupire la quinquagénaire.

Jusqu’à présent, les aides consenties par l’Etat ont été maigres. La patronne a bénéficié d’une réduction de 40 % de son loyer jusqu’au mois d’octobre et d’une allocation de 800 euros pour les deux mois de confinement lié à la pandémie de Covid-19. Pour la première fois en vingt ans, Mme Pantilieri envisage de « quitter sa vie rêvée à Santorin » et « de trouver un établissement au loyer moins onéreux en banlieue d’Athènes ».

Son désarroi est partagé par le chef étoilé, Ettore Botrini, propriétaire de deux établissements à Athènes et Corfou, qui a perdu 50 % de son chiffre d’affaires par rapport à 2019. « Le restaurant à Corfou n’a ouvert que pendant deux mois et demi, faute de clients. Le personnel a été réduit de 24 à 14 personnes. Après dix ans d’une crise économique qui avait complètement détruit le pouvoir d’achat des Grecs et, par conséquent, la haute gastronomie, on doit faire face à une nouvelle tourmente… C’est un coup dur pour toute la restauration ! »

Les derniers chiffres publiés sont alarmants. Selon la Banque de Grèce, de janvier à juillet 2020, les recettes liées au tourisme ont chuté de 86 %, alors que le secteur pèse 20 % du produit intérieur brut. Sur les huit premiers mois de l’année, les arrivées dans les 14 aéroports régionaux gérés par la société Fraport ont baissé de 71,2 %. Malgré des tarifs avantageux, les hôteliers ont aussi vu leur activité diminuer de 68 % et la chambre grecque des hôteliers redoute que plus de 45 000 emplois de la branche soient menacés.

« Les prochains mois s’annoncent rudes pour tout le monde »

« Nous craignons une catastrophe économique et sociale… Sur les près de 10 000 hôtels en Grèce, la moitié a fonctionné cet été et, en septembre, 3 500 sont restés ouverts, alors que la saison se finit normalement fin octobre. La moitié des entreprises seulement a obtenu des prêts des banques, et de nombreux saisonniers n’ont été employés que deux mois au lieu de cinq », explique Grigoris Tasios, président de l’Union des hôteliers grecs. Il réclame au gouvernement des mesures pour étaler les paiements des impôts et des factures, et plaide pour abaisser la TVA de 13 % à 6 %. « Sans des aides importantes, le chômage va exploser, et la précarité, augmenter. »

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