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Venezuela : manifestations sur fond de pénuries d’eau et d’essence

Pénuries d’essence, d’eau et d’électricité : à deux mois des législatives, les Vénézuéliens réclament de meilleurs services publics, mais la faible ampleur de ces manifestations et l’incapacité de l’opposition à canaliser le mouvement ne représentent pas de « risque » pour Nicolas Maduro, estiment des analystes. Le chiffre est impressionnant. Depuis le début de l’année, l’Observatoire vénézuélien des conflits sociaux (OVCS) a dénombré plus de 5 800 manifestations dans tout le pays, plongé dans la pire crise de son histoire récente.

La moitié d’entre elles visait à protester contre les pénuries d’électricité, d’eau et de gaz domestique, et 18 % contre le manque chronique de combustibles. En province, et de plus en plus à Caracas, les « apagones » (coupures de courant) sont monnaie courante et les pénuries d’essence engendrent des files d’attente kilométriques aux stations-service. Pour autant, ces manifestations ne rassemblent généralement qu’une poignée d’habitants d’un quartier ou d’un village qui bloquent, qui une route, qui l’accès à un bâtiment public, avant de rentrer chez eux.

Lundi, des instituteurs ont appelé à manifester pour réclamer de meilleurs salaires, un mot d’ordre relayé par le chef de file de l’opposition Juan Guaido. Las, en plein confinement dû à la pandémie de Covid-19, la réponse a été timide. À Caracas, ils n’ont été que quelques dizaines à battre le pavé, selon des journalistes de l’Agence France-Presse. « À l’heure actuelle, la capacité de mobilisation de l’opposition est quasiment nulle », avance Luis Vicente Leon, directeur du cabinet Datanalysis. Et de pointer le manque d’« articulation » des manifestations qui, de ce fait, « ne représentent pas de risque majeur pour le gouvernement » du président socialiste Nicolas Maduro, au pouvoir depuis 2013.

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D’autant qu’à Caracas les manifestations sont plus rares et clairsemées qu’en province. Et dans ce pays hypercentralisé, si la capitale ne bouge pas, rien ne bouge. Le contraste est saisissant avec les immenses manifestations anti-Maduro qui rassemblaient des dizaines de milliers de Vénézuéliens début 2019, après que Juan Guaido s’était proclamé président par intérim, jugeant « frauduleuse » la réélection du dirigeant. Juan Guaido est depuis reconnu comme tel par près de soixante pays, mais malgré la pression internationale, Nicolas Maduro est toujours au pouvoir. Il continue d’avoir le soutien de l’armée et, sur le plan international, de la Russie, de Cuba et de l’Iran. D’ailleurs, selon Datanalisis, seuls 17 % des Vénézuéliens pensent que Juan Guaido et l’opposition sont aujourd’hui en mesure de provoquer un changement de gouvernement.

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La réponse de Maduro « continue d’être la répression »

Pour Félix Seijas, directeur de Delphos, un autre institut de sondages, les « structures affaiblies » des partis d’opposition y sont pour beaucoup. Il pointe la « persécution » de ces formations, dont des dirigeants ont été emprisonnés et certaines instances dirigeantes « inhabilitées » par la justice. Dans ce contexte, il est « difficile d’aiguillonner » les manifestations. En outre, explique Marco Ponce, directeur de l’OCVS, Nicolas Maduro a tendance à « militariser » les villes et villages dont la population manifeste. « Sa réponse continue d’être la répression », souligne-t-il.

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Fin septembre, l’État rural de Yaracuy, à l’ouest de Caracas, a ainsi été le théâtre de plusieurs manifestations pour de meilleurs services publics. Les forces de l’ordre ont fait usage de gaz lacrymogène et de chevrotine de caoutchouc pour disperser la foule. Les ONG ont recensé plusieurs dizaines de blessés et d’arrestations. Mais à deux mois des élections législatives du 6 décembre, Marco Ponce prévoit une nouvelle « vague de manifestations ».

L’enjeu pour le pouvoir chaviste est de reprendre l’Assemblée nationale à l’opposition qui la contrôle depuis 2015. Or, la légitimité de ce scrutin est mise en doute de toutes parts. Juan Guaido, qui préside le Parlement monocaméral, ainsi que les principaux partis d’opposition vont le boycotter.

Selon eux, les élections n’ont aucune chance de se dérouler de façon équitable puisque le Conseil national électoral est contrôlé par des membres nommés par la Cour suprême, au service du pouvoir. L’Union européenne a appelé, en vain, au report du vote et les États-Unis l’ont déjà qualifié de « ni juste ni libre ». Lire à partir de la source….