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Des milliers de suppressions d’emplois dans les musées britanniques

La grande exposition Andy Warhol de la Tate Modern aurait dû être noire de monde. Avec un tel nom incontournable de la pop culture, l’iconique musée du bord de la Tamise à Londres était sûr de faire le plein. Mais pour cause de pandémie, jamais la visite n’a été aussi confortable. En ce samedi après-midi de fin septembre, la foule est limitée pour faire respecter la distanciation sociale. Réserver sa place est obligatoire et le musée accepte environ moitié moins de personnes que d’habitude.

Devant l’entrée balayée par un vent glacial, un groupe de manifestants accueille les visiteurs. « Le coronavirus n’est pas une raison pour nous virer. Honte à la Tate ! », dénonce un panneau. Les employés des magasins et des restaurants du musée sont en grève depuis fin août. L’institution culturelle a annoncé en août la suppression de 313 employés de Tate Enterprises, sa branche commerciale. Le 1er octobre, le mouvement social a été suspendu, syndicats et direction acceptant d’entrer en négociations, mais aucun compromis n’a pour l’instant été trouvé. « D’habitude, la Tate aime mettre en avant ses valeurs progressistes, et nous disait avant la pandémie qu’on était une grande famille, constate, amer, l’un des grévistes qui préfère taire son nom. Mais dès qu’il y a des problèmes, nous sommes ceux qui payons, alors que la direction garde ses gros salaires. »

La Tate est le symbole d’un secteur des musées et des monuments ravagé au Royaume-Uni. Jeudi 8 octobre, National Trust, auguste association qui s’occupe de plus de 500 châteaux, monuments historiques et lieux naturels, a annoncé 500 licenciements secs et 800 départs volontaires sur un effectif de quelque 10 000 personnes. Le Victoria & Albert Museum, consacré au design, doit supprimer une centaine d’emplois, soit 10 % de ses effectifs. Historic Royal Palaces, qui gère notamment la tour de Londres, va réduire ses effectifs de 145 postes.

Il faut ajouter les huit musées dont s’occupe la ville de Liverpool (une centaine d’emplois en moins), ceux de York (encore une centaine), de Birmingham (toujours une centaine)… La Royal Academy (150 emplois, soit 40 % du personnel) et Southbank Centre, un complexe de salles de concert et de galeries (400 emplois) font de même.

Même les châteaux de la famille royale ne sont pas épargnés. La Royal Collections Trust, qui s’occupe notamment des visites de Buckingham Palace, consulte pour réduire ses effectifs. A Windsor, où la reine habite la majorité de l’année, près de 200 postes sont en jeu. Le 9 septembre, les très dignes employés ont organisé le plus anglais et poli des mouvements sociaux : une manifestation silencieuse devant le château, en uniformes et masques sur le visage. Un esprit chagrin s’est malgré tout permis un panneau agacé : « Le roi Henry VIII coupait les têtes, maintenant ils veulent couper nos emplois et nos retraites. La loyauté va dans les deux sens. » La reine n’a pas fait de commentaire.

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