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États-Unis: la menace croissante des milices d'extrême droite

Treize personnes liées à une milice violente d’extrême droite ont été inculpées pour avoir supposément conspiré en vue d’enlever la gouverneure du Michigan. Ce groupe, les Wolverine Watchmen, s’était déjà fait connaître en investissant, armé, le Capitole de l’État du Michigan, pour protester contre les mesures de confinement. Une affaire qui signale l’importance grandissante des groupuscules armés d’extrême droite. Selon la police fédérale, ils représentent la principale menace terroriste sous le mandat de Donald Trump.

La plupart des 13 hommes arrêtés ce jeudi 8 octobre dans le Michigan adhèrent à l’idéologie des « Boogaloo ». Plusieurs d’entre eux étaient membres d’un groupe local baptisé « Wolverine Watchmen ». Le mouvement Boogaloo rassemble aussi bien des néo-nazis que des anarchistes d’extrême-droite. Son but : renverser le gouvernement par une guerre civile. Ses sympathisants se reconnaissent aux chemises hawaïennes qu’ils portent sur une tenue militaire.

Plusieurs membres des Wolverine ont participé aux manifestations contre les restrictions dans le Michigan décrétées par la gouverneure Gretchen Whitmer, affirmant qu’elle violait leurs droits. Ils s’entraînaient régulièrement au maniement des armes « pour préparer le “boogaloo”, en référence à une insurrection violente contre le gouvernement ou une guerre civile politiquement motivée », selon la justice du Michigan.

Pour Gretchen Whitmer, la responsabilité finale est à la Maison Blanche. La gouverneure du Michigan a accusé le président Donald Trump de « légitimer » les actions de ceux qu’elle nomme les « terroristes de l’intérieur ».

« Les milices, c’est une vieille tradition aux États-Unis, rappelle Nicole Morgan, professeur émérite au collège militaire royal du Canada et spécialiste des idéologies de haine, au micro de Marie Normand, du service international de RFI. Il n’y a pas de groupe dominant, ces groupes ne sont pas organisés. Ils sont sporadiques.

Mais la spécialiste souligne leur point commun : « ils portent des armes. Les civils possèdent plus d’armes que les militaires. Il y a une armée non organisée civile aux États-Unis, qui peut faire beaucoup de mal. Ces groupes sont ce qu’on appelle des “clusters de haine”, qui sont prets à s’embraser. Et celui qui donne la permission, c’est Trump. Il fait ce qu’on appelle en anglais du “gas lightning”, c’est-à-dire qu’il allume des feux. »

Pourquoi ces groupuscules d’extrême droite ont-ils pris une importance croissante ? « L’Internet a joué un role extraordinaire, poursuit Nicole Morgan, parce que ces petits feux qui étaient séparés, ils peuvent aller chercher des renforts et des adhésions. Le Net est une arme extrêmement puissante pour faire passer ce message de haine et lui donner une espèce de structure. »

À l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, ces groupes armés, aux idéologies de droite et aux motivations variées, sont sortis de l’anonymat en participant au rassemblement d’extrême droite de Charlottesville, en Virginie en 2017, aux manifestations contre les mesures de confinement pour lutter contre le coronavirus au printemps dernier, ou lors des protestations contre les brutalités policières depuis cet été.

Les plus connus – Three Percenters, Oath Keepers, Proud Boys, Boogaloos Bois ou Patriot Prayer – ont en commun la défense du droit de posséder une arme à feu et l’hostilité au gouvernement, à l’autorité ou aux idées de gauche.

Certains sont partisans de la suprématie blanche et ont des liens avec les mouvements néo-nazis, ou considèrent les forces de l’ordre comme des agents d’un gouvernement autoritaire, d’autres préparent une révolution nationale ou une guerre raciale.

Ils adhèrent parfois aux thèses du mouvement complotiste d’extrême droite QAnon, qui affirme que Donald Trump mène une guerre secrète contre une secte libérale mondiale composée de pédophiles satanistes.

► À écouter : «Amérique, années Trump» des journalistes Gilles Paris et Jérome Cartillier

Menace sur les bureaux de vote le 3 novembre

Ces groupuscules posent une menace potentielle sur le scrutin du 3 novembre. Donald Trump, qui dénonce régulièrement les risques de fraudes massives orchestrées par les démocrates, a appelé ses partisans à se rendre dans les bureaux de vote pour « protéger » les bulletins. « J’appelle mes partisans à aller dans le bureaux et regarder avec attention car c’est ce qu’il va se passer », a dit le président républicain pendant le débat avec son adversaire démocrate Joe Biden fin septembre.

Il avait alors aussi provoqué un tollé en appelant les Proud Boys à se « tenir prêts » au lieu de les condamner. « Nous sommes prêts », lui a répondu Joe Biggs, l’un des dirigeants de ce groupe habitué aux bagarres avec les militants de gauche.

► À lire : À la Une: la peur d’une élection contestée gagne du terrain aux États-Unis

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