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Nicotine et coronavirus : porter un patch pour éviter la Covid-19 ?

La nicotine empêcherait la pénétration et la propagation du coronavirus Sars-CoV-2 dans les cellules et pourrait ainsi prévenir l’infection Covid-19. Pour le vérifier, l’AP-HP lance une grande étude auprès de ses soignants. Explications.

[Mise à jour le mardi 24 novembre à 09h37] La nicotine protège-t-elle du coronavirus ? Cette hypothèse est étudiée depuis le début de la pandémie de Covid-19 en France. Dans un communiqué du 20 novembre, l’AP-HP annonce le lancement d’une étude auprès de son personnel soignant pour évaluer l’efficacité de la nicotine en prévention de l’infection par le coronavirus Sars-CoV-2. Nommée “Nicovid Prev”, cette étude randomisée et nationale sera menée en double-aveugle. Elle est coordonnée par le Pr Zahir Amoura, chef du service de médecine interne, maladies auto-immunes et systémiques de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière – AP-HP. L’objectif est d’inclure 1 633 personnels soignants médicaux et non médicaux travaillant dans un établissement de santé (médecins, infirmiers, aides-soignants, kinésithérapeutes, brancardiers, manipulateurs radio, étudiants en santé …), non-fumeurs (ou anciens fumeurs ayant arrêté depuis plus de 12 mois), n’ayant pas d’antécédent de Covid-19 et travaillant au contact de patients (qu’ils soient ou non atteints de Covid-19). Les soignants seront répartis selon un tirage au sort dans l’un des deux groupes : patchs de nicotine ou patchs de placebo. Ni les participants, ni les médecins en charge de leur suivi dans la recherche ne seront informés de la nature des patchs reçus. L’étude a commencé dans les hôpitaux de la Pitié-Salpêtrière et Charles-Foix et va s’étendre sur le territoire national dans 15 centres hospitaliers. La durée de traitement par patchs de nicotine pendant l’étude est de 4 à 5 mois, et la durée totale de suivi dans l’étude de 6 à 7 mois.

Moins de fumeurs parmi les patients Covid-19 ?

Les données de plusieurs pays rapportent une faible proportion de fumeurs parmi les patients infectés par le Covid-19. En Chine, deux études publiées en février dans The Lancet et le New England Journal of Medicine montrent que cette population est moins infectée par le coronavirus. En France, l’AP-HP (Assistance publique-Hôpitaux de Paris) avance un taux de 8,5% de fumeurs sur 11 000 patients Covid-19 admis à l’hôpital début avril, alors que l’on recense 25,4% de fumeurs dans la population générale. “Les fumeurs quotidiens ont une probabilité beaucoup plus faible de développer une infection symptomatique ou grave du SRAS-CoV-2 par rapport à la population générale” déclarait le Pr Zahir Amoura dans les conclusions d’une étude publiée le 21 avril 2020. Menée auprès de 343 malades (âge médian de 65 ans), hospitalisés pour une infection Covid-19 (hors services de soins intensifs) et de 139 patients (âge médian de 44 ans), suivis en ambulatoire également contaminés mais avec des symptômes plus légers, cette recherche a confirmé que seuls 4,4 % étaient fumeurs quotidiens parmi les premiers et 5,3% parmi les seconds, soit ” 80 % de moins de fumeurs chez les patients Covid que dans la population générale de même sexe et de même âge” remarquait le médecin.

Comment la nicotine pourrait protéger du Covid-19 ?

Dans son communiqué du 20 novembre, l’AP-HP explique que la nicotine inhiberait la pénétration et la propagation du virus dans les cellules grâce à une action sur les récepteurs d’entrée du Sars-CoV-2 (récepteurs ACE2). La nicotine se fixerait sur des récepteurs nicotiniques présents au niveau du cerveau appelés “récepteur nicotinique de l’acétylcholine”. Elle empêcherait alors la fixation du coronavirus SARS-CoV-2 sur ces récepteurs et limiterait sa progression dans l’organisme, ainsi que l’aggravation des symptômes. “La nicotine et le récepteur nicotinique, et non la fumée de cigarette en soi, qui est responsable d’un très lourd fardeau de santé publique avec plus de 78 000 décès par an en France, peuvent être impliqués dans la voie menant à l’infection virale, et notamment dans les formes les plus graves de la maladie Covid-19” expliquait le Pr Amoura en avril.

En attendant d’avoir les conclusions de l’étude lancée par le Pr Amoura, pas question de se ruer sur les cigarettes ou les patchs nicotiniques (ou autres substituts nicotiniques). “Quelles que soient ces hypothèses, le tabagisme est la première cause de mort évitable encore en 2020 et rien ne permet d’espérer un rapport risque/bénéfice positif du tabagisme dans la lutte contre le Covid-19. Le tabac tue beaucoup plus qu’il ne protège” rappelle l’AP-HP. .En avril dernier, le ministre de la Santé Olivier Véran appelait aussi à la prudence lors des questions au gouvernement au Sénat : la nicotine “n’est certainement pas un traitement d’automédication” . C’est une “piste intéressante” mais “attention” a-t-il martelé : “Quelqu’un qui n’est pas fumeur et qui met un patch à la nicotine va le sentir passer : vomissements, étourdissements, malaise.”

Source : “L’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris lance une étude nationale pour évaluer l’efficacité de la nicotine en prévention de l’infection COVID-19 chez le personnel soignant : Nicovid Prev”. Communiqué de presse du 20 novembre 2020. Lire à partir de la source….