Press "Enter" to skip to content

Finale de Roland-Garros : l’appétit de Sofia Kenin

Ne vous fiez pas à son hypersensibilité apparente. Si Sofia Kenin a la larme facile, sur le court, la jeune Américaine est du genre coriace. Et depuis le début de la quinzaine de Roland-Garros, la numéro 6 mondiale, qui dispute samedi 10 octobre la finale du Grand Chelem parisien face à la Polonaise Iga Swiatek (15 heures, sur le court Philippe-Chatrier), ne s’en laisse pas compter.

Le court de tennis relève d’ordinaire de la tragédie, où chaque acteur s’efforce de conserver un masque – ou d’en montrer un autre, à la manière d’un Novak Djokovic, passé as en l’art de feindre son état – ; aussi Sofia Kenin (21 ans) détonne. Telle un émoji vivant, la jeune Américaine ne cache pas son jeu, et son visage rond en dit souvent long sur son état d’esprit. « Avant un match, je suis assez émotive, je pleure parfois, confie la native de Moscou, surnommée « Sonya » par ses proches. Je suis nerveuse, parce que je veux réussir. »

Mais là où certains seraient paralysés par ces vagues d’émotions, la future numéro 3 mondiale en a fait une force. Une fois la vague passée, elle redevient étale, égale à elle-même, et focalisée sur le point d’après. « Pendant le match, j’essaie de mettre mes émotions de côté, je n’ai pas de temps à leur consacrer. Je dois jouer un point après l’autre, relate la jeune joueuse, vainqueure en début d’année de l’Open d’Australie. Après, si je gagne, je suis contente, si je perds, je pleure. » Quelques larmes sont également venues interférer sa victoire en huitièmes de finale, face à la Française Fiona Ferro, à qui le public du Central était acquis. A tel point que l’Américaine est allée « [se] reconcentrer » au petit coin après la perte du premier set. Mais comme à chaque fois, Sofia Kenin a tourné la page, digéré l’émotion pour mieux l’oublier. Et remporté le match.

Pas mal pour quelqu’un qui confessait, après la rencontre « avoir vraiment détesté la terre battue par le passé ». Toutes ses années junior, celle qui était le grand espoir du tennis féminin américain depuis toute jeune ne supportait pas la brique pilée sur laquelle se dispute Roland-Garros. « Ce n’était pas la surface sur laquelle je m’exprimais le mieux. J’avais l’impression de manquer de puissance, je ne pouvais pas contrôler les points… c’était une bagarre pour m’en sortir. »

Jusqu’à l’an passé, où une victoire pleine de sang froid face à Serena Williams au troisième tour, porte d’Auteuil, lui fait réaliser que l’ocre ne lui convient pas trop mal. « Après ça, je savais à quoi m’attendre. C’est beaucoup de glissades, très physique, et je suis parvenue à adapter mon jeu, glissait Sofia Kenin après les quarts de finale. Je suis de plus en plus à l’aise, et ça me réjouit, car désormais c’est une surface que j’apprécie. »

Professionnelle depuis trois ans, l’Américaine n’aime rien de mieux que de « réfléchir au jeu à produire » pour dérégler son adversaire. « Vous n’êtes pas la seule à vouloir gagner sur le court et votre adversaire cherche quel est votre point faible », rappelle-t-elle. Face à la Tchèque Petra Kvitova, en demi-finale, sa capacité à faire abstraction d’un coup raté pour revenir et déclencher un revers bombé à deux mains a fait perdre pied à la double vainqueure de Wimbledon.

« Sur le circuit, les joueuses savent que je n’abandonnerai jamais, assurait Kenin avant sa finale à l’Open d’Australie. Si vous voulez me battre, il faut m’achever. Quel que soit le score, je vais toujours être là, à me battre et faire de mon mieux pour inverser la tendance. Je l’ai déjà fait. » « Elle est toujours là, à vous asticoter tout le temps, corroborait en janvier dans le New York Times l’un de ses premiers entraîneurs, Rick Macci, qui a surnommé la petite Américaine « le moustique ». Elle a cette force mentale en elle depuis qu’elle est petite. »

Se servir de son expérience en finale

Opposée en finale à la sensation polonaise, Iga Swiatek, dix-neuf ans et 54e joueuse mondial avant le tournoi, l’Américaine mise sur son expérience récente pour faire tourner le destin en sa faveur. « Je vais me servir [de mon expérience] comme un avantage. Je serai forcément un peu nerveuse avant la finale, mais je sais ce que c’est, et je l’ai déjà fait. Je sais quelles émotions on ressent quand on joue sa première finale en Grand Chelem. J’espère qu’elle va être un peu nerveuse. Moi, je sais à quoi m’attendre », sourit Kenin. Si tout se passe bien pour elle, il y aura des rires, il y aura des larmes, et de nombreuses gesticulations sur le court.

La gamine aux grands yeux ébahis à qui Kim Clijsters offre un tour dans les coulisses du tournoi de Miami, en 2005, a bien grandi. Mais Sofia Kenin n’a pas tant changé que ça. Depuis sa victoire à l’Open d’Australie, elle a accroché à son sac un petit koala, qui l’accompagne partout sur le circuit. En cas de sacre samedi, la joueuse a promis qu’elle y épinglerait également un souvenir de Paris. On mise sur un porte-clés tour Eiffel : quoi de mieux pour se rappeler de « Sonya in Paris ». Lire à partir de la source….