Press "Enter" to skip to content

Nobel de chimie : La ministre de la Recherche avait-elle salué « l’interdiction » des découvertes…

FAKE OFF Le message de félicitations de Frédérique Vidal à la chercheuse a suscité des réactions

Quel soutien le gouvernement a-t-il apporté aux travaux d’Emmanuelle Charpentier, récompensée mercredi, avec l’Américaine Jennifer Doudna, par le prix Nobel de chimie ? Alors qu’elle adressait ses félicitations à la Française sur Twitter, Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, s’est vue reprocher de « s’être félicitée il y a quelque temps de l’interdiction en France des technologies issues de ce Nobel ».

Un second tweet rappelait qu’« Emmanuelle Charpentier a fait l’ensemble de sa carrière à l’étranger depuis vingt-cinq ans », alors que la ministre qualifiait ce prix « d’immense fierté pour l’ensemble de notre recherche et pour la chimie française ».

20 Minutes a passé ces affirmations au crible.

Emmanuelle Charpentier, formée à l’université Pierre et Marie Curie et à l’Institut Pasteur à Paris, a souligné auprès de nos confrères de France Télévisions à Berlin qu’elle a « un parcours international ». La chercheuse a quitté la France depuis presque un quart de siècle. Elle souligne que « la France aurait du mal à lui donner les moyens qu'[elle] a en Allemagne », où elle travaille aujourd’hui.

La scientifique a travaillé aux Etats-Unis, puis en Autriche et en Suède, avant d’occuper plusieurs postes en Allemagne, selon le site de son laboratoire.

En 2019, la ministre « souhaitait permettre l’utilisation de [cette] technique »

Quid de la position de Frédérique Vidal sur ses recherches ? Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna ont été récompensées pour leurs recherches sur des « ciseaux moléculaires ». Le « but ultime » de cette technique « révolutionnaire », connue sous le nom de CRISPR-Cas9, est de « corriger des maladies génétiques humaines », expliquait la scientifique française à l’AFP en 2016.

Auditionnée par les sénateurs en décembre 2019 sur le projet de loi bioéthique, la ministre, biochimiste de formation, s’était montrée favorable à cette nouvelle technique. « Nous souhaitons […] permettre l’utilisation de la technique d’édition génomique CRISPR-Cas9 », avait-elle alors expliqué aux sénateurs.

Toutefois, la ministre posait ensuite des limites à son utilisation. Elle excluait notamment de réimplanter un embryon qui aurait été génétiquement modifié. « Nous avons eu ce débat à l’Assemblée nationale, rappelait-elle alors aux sénateurs. Des députés demandaient pourquoi nous nous priverions de la possibilité d’ôter un gène défectueux dominant et de laisser s’exprimer la copie de ce gène non défectueux, et donc, potentiellement, de guérir une maladie, dans la mesure où l’on sait le faire. Notre réponse a été négative, car nous ne souhaitons pas réimplanter d’embryons modifiés génétiquement via l’édition du génome. »

Contacté par 20 Minutes, le cabinet de Frédéric Vidal précise que le CRISPR-Cas9 « n’a pas vocation à être interdit ou autorisé en tant que tel. Ce sont la finalité d’utilisation, d’une part, et, d’autre part, les modalités d’utilisation – qui prennent en compte notamment les possibilités de dissémination éventuelle d’organismes dont le génome a été modifié – qui sont strictement encadrées par la législation ».

Le projet de loi bioéthique « ne parle pas directement du CRISPR-Cas9 », confirme à 20 Minutes le député LREM Jean-Louis Touraine, l’un des rapporteurs du projet de loi à l’Assemblée nationale.

Les chercheuses elles-mêmes se montraient prudentes sur les possibilités de recherches ouvertes par cette nouvelle technique, recommandant en 2016 de « procéder pas à pas ». Lire à partir de la source….