Press "Enter" to skip to content

Attentat de Conflans : hommage national à l’enseignant assassiné et point sur l’enquête, au lendemain du drame

L’Elysée a annoncé samedi 17 octobre qu’un « hommage national » serait rendu à Samuel Paty, l’enseignant décapité vendredi dans les Yvelines. Cet hommage, dont la date n’est pas encore fixée, sera organisé en coordination avec la famille, a précisé la présidence de la République. Emmanuel Macron s’était rendu dès vendredi soir sur les lieux de l’attaque, à Conflans-Sainte-Honorine, où il avait dénoncé un « attentat islamiste caractérisé ».

Le procureur national antiterroriste, Jean-François Ricard, doit faire un premier point de l’enquête devant la presse samedi à 15 heures. Il devrait notamment préciser les circonstances dans lesquelles la polémique sur les caricatures au sein du collège du Bois-d’Aulne a été remontée aux autorités compétentes.

Samedi matin à Conflans-Sainte-Honorine, quelques roses avaient été déposées à l’entrée du collègue de ce quartier pavillonnaire décrit par des élèves et leurs parents comme calme et sans histoire. Le point sur ce que l’on sait.

Il était aux alentours de 17 heures, vendredi, quand un équipage de policiers municipaux découvre un homme sans vie, horriblement mutilé, près du collège du Bois-d’Aulne, à Conflans-Sainte-Honorine. A ses côtés se trouve un individu visiblement agité. Celui-ci commence par s’enfuir vers la commune limitrophe d’Eragny (Val-d’Oise), mais il est rattrapé par une patrouille de la brigade anticriminalité. Et alors qu’il aurait menacé les forces de l’ordre avec une arme de poing de type Airsoft en criant « Allahou Akbar », il est tué de dix tirs de riposte.

Selon les informations du Monde, l’arme du crime est un long couteau de boucher. L’assaillant l’a abandonné près du corps de sa victime avant de prendre la fuite. Sur son cadavre, les enquêteurs ont ensuite découvert un deuxième couteau similaire.
• None Que sait-on du meurtrier ?

Tous ces éléments, attestant d’une préparation précise, sont venus corroborer un message de revendication publié sur un compte Twitter, vendredi, quelques minutes après le drame. Un compte sous le pseudonyme @Tchetchene_270 sur lequel apparaissait une photo de la tête décapitée du professeur avec le message : « Au nom d’Allah, le tout miséricordieux, le très miséricordieux, (…) à Macron, le dirigeant des infidèles, j’ai exécuté un de tes chiens de l’enfer qui a osé rabaisser Muhammad, calme ses semblables avant qu’on ne vous inflige un dur châtiment. »

Les investigations étaient toujours en cours, samedi matin, afin de déterminer avec certitude si l’auteur de ce message était le meurtrier ou un éventuel complice, même si tout semble indiquer que le jeune homme a bien lui-même posté sa revendication.

Selon les informations du Monde, l’individu tué par les forces de l’ordre était originaire d’Evreux (Eure), il n’était pas un élève du professeur tué. Il n’était pas non plus scolarisé dans le collège du Bois-d’Aulne ou un lycée voisin. Les enquêteurs essaient donc de comprendre comment il a pu repérer l’enseignant, le reconnaître dans la rue et savoir son horaire de sortie du collège en cette veille de vacances scolaires.

L’individu abattu par les forces de l’ordre n’était pas connu pour radicalisation par les services de renseignement. Il était seulement connu pour des faits relatifs à une dégradation en réunion, qui remonte à l’année 2016.
• None Qui sont les personnes placées en garde à vue ?

Parmi les personnes gardées à vue se trouvaient samedi matin six personnes de son entourage – dont ses parents, son grand-père et son petit frère – toutes issues de la communauté tchétchène, selon une source judiciaire.

Parmi les personnes arrêtées également, un père d’élève du collège qui avait eu un différend avec l’enseignant ainsi qu’un couple de proches.
• None Que sait-on de la victime ?

Seule certitude à ce stade : la victime, Samuel Paty, âgé de 47 ans et père d’un enfant, avait tenu un cours, début octobre, un cours sur la liberté d’expression, en montrant des caricatures de Mahomet. Ce cours avait fait polémique au sein de son établissement. Les récits divergent sur ce qui est précisément survenu en classe. Mais l’épisode a suscité de tels remous chez certains parents d’élèves qu’une plainte, dans laquelle était notamment reprochée la diffusion d’images pédopornographiques, a été déposée, le 5 octobre. Plainte qui avait conduit à un certain nombre d’auditions. Selon nos informations, l’affaire a dû être aussi prise en charge par le renseignement territorial.

Le professeur avait, quelques jours plus tard, porté plainte à son tour pour diffamation, a déclaré une source proche du dossier à l’Agence France-Presse, confirmant une information de BFM-TV.

Un des éléments qui a contribué à la polémique est une vidéo diffusée sur Facebook, le 8 octobre, par un homme se présentant comme le père d’une élève du professeur assassiné. Dans ce témoignage, ce père dont la fille est âgée de 13 ans qualifie l’enseignant de « voyou », puis il décrit comment, selon lui, Samuel Paty aurait demandé à ses élèves de confession musulmane de quitter la salle de classe après leur avoir demandé de lever la main pour se signaler.

L’enseignant aurait ensuite montré « un homme nu » en le présentant comme le Prophète. Le père ne précise pas qu’il s’agit d’une caricature. Plusieurs personnes liées à la polémique sur les caricatures au sein du collège du Bois-d’Aulne étaient entendues samedi matin. Parmi elles, le parent d’élève ayant diffusé cette vidéo sur les réseaux sociaux.

Dans celle-ci, le père de famille s’emporte ensuite : « Si vous voulez qu’on soit ensemble et qu’on dise stop, touchez pas à nos enfants, envoyez-moi un message [il donne alors son numéro de portable…]. » Sa fille ayant refusé de sortir de la classe, elle aurait été « renvoyée ». Puis il appelle à s’unir pour que Samuel Paty ne « reste plus dans l’éducation nationale ». Sa fille a aussi diffusé une vidéo dans laquelle elle déclare : « On a tous été choqués, même ceux qui n’étaient pas musulmans. » Le nom et l’adresse professionnelle du professeur ont par la suite été diffusés sur les réseaux sociaux.

D’après des témoignages recueillis à chaud auprès de la communauté enseignante du collège, et rapporté par de nombreux médias dont Le Monde, Samuel Paty enseignait notamment en classe de 4e, et il donnait depuis plusieurs années des cours sur la liberté d’expression.

Son invitation à sortir de la classe pour les élèves musulmans aurait, aux yeux de ces témoins, été considérée comme un élément de respect des croyances de ses élèves. Samuel Paty était par ailleurs un professeur apprécié. Une médiation avait été organisée avec parents et élèves afin de calmer les esprits à la suite du cours controversé.
• None « Ce sont les valeurs les plus fondamentales de la République qui sont touchées »

L’assassinat de cet enseignant a provoqué une onde de choc en France et une vague d’indignation dans la classe politique, tous bords confondus. « Ils ne passeront pas. L’obscurantisme ne gagnera pas », a martelé dès vendredi soir Emmanuel Macron.

Le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, recevait samedi matin avec le premier ministre, Jean Castex, les syndicats d’enseignants à son ministère et a adressé un message vidéo à « tous les professeurs de France » pour leur rappeler que l’Etat est à leur côté « pour les protéger » :

A l’issue de la rencontre avec les ministres, les syndicats ont salué une réunion qui « a permis de partager l’effroi de la communauté éducative », selon Benoît Teste, secrétaire général du FSU. « L’émotion est très forte, a dit Frédéric Marchand, secrétaire générale d’UNSA-Education. L’objectif est de ne pas céder à la peur, qui serait de ne plus chercher à éduquer à la liberté d’expression. »

« Ce sont les valeurs les plus fondamentales de la République qui sont touchées : après la liberté de la presse, et Charlie Hebdo, la liberté d’enseigner, bref, la République », a également réagi M. Castex, cité par son entourage.

A l’Assemblée nationale vendredi, les députés se sont levés pour « saluer la mémoire » du professeur et dénoncer un « abominable attentat ». « Le séparatisme islamiste doit être combattu sans relâche, sans jamais faiblir », a réagi la députée de La République en marche des Yvelines Aurore Bergé, alors qu’un projet de loi sur le sujet doit être présenté le 9 décembre en conseil des ministres.

La présidente de la commission européenne, Ursula von der Leyen, a adressé samedi sur Twitter ses « pensées » aux enseignants « en France et partout en Europe ». Charlie Hebdo a exprimé sur Twitter « son sentiment d’horreur et de révolte », estimant que « l’intolérance vient de franchir un nouveau seuil ».

« Notre communauté est horrifiée comme tous les Français par cet incident », a également souligné dans un communiqué l’Assemblée des Tchétchènes d’Europe, sise à Strasbourg, rappelant « qu’aucune communauté ne peut être tenue pour responsable pour tous les actes isolés de ses ressortissants ».
• None Quel est le contexte ?

Cette attaque survient trois semaines jour pour jour après l’attentat au hachoir perpétré par un jeune Pakistanais de 25 ans devant les anciens locaux de la rédaction. L’auteur de cet attentat islamiste avait déclaré aux enquêteurs avoir agi en réaction à la publication et la republication par Charlie Hebdo début septembre des caricatures de Mahomet, à l’ouverture du procès des attentats de janvier 2015.

La représentation des prophètes est strictement interdite par l’islam sunnite. Ridiculiser ou insulter le prophète Mahomet est passible de la peine de mort dans certains pays musulmans. La vague d’attentats djihadistes sans précédent amorcée en 2015 en France a fait 259 morts avec celle de Samuel Paty. Lire à partir de la source….