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La justice obtient la tête de deux chefs de la police judiciaire en Corse pour « déloyauté »

« Déloyauté », « confiance trahie », les mots de la justice sont forts pour qualifier la rupture avec les chefs de la police judiciaire corse. Ce coup de sang de la juridiction spécialisée de Marseille contre le crime organisé (JIRS), inédit en vingt ans d’affaires de grand banditisme, intervient une semaine après le dessaisissement déjà brutal par la juge d’instruction Anaïs Trubuilt de la PJ au profit de la gendarmerie dans un important dossier antimafia visant la bande du Petit Bar, en Corse-du-Sud.

Le conflit est tel que le ministère de l’intérieur a demandé au directeur régional de la police judiciaire en Corse, le commissaire Lucien Arleri, tout juste arrivé sur l’île, et au numéro trois de sa direction, également commissaire et ancien patron de la BRI (brigade de recherche et d’intervention), de quitter leur poste. Par ailleurs, une procédure de retrait de leur habilitation d’officier de police judiciaire a été engagée à leur encontre, comme l’a confirmé au Monde, vendredi 9 octobre, le procureur général près la cour d’appel de Bastia (Haute-Corse). « La procédure dira si elle sera temporaire ou définitive », a-t-il commenté.

La défiance entre l’institution judiciaire et policière a atteint des sommets, au point que l’office central de lutte contre le crime organisé (OCLCO), basé à Nanterre (Hauts-de-Seine), et cosaisi de l’enquête litigieuse, a fait également l’objet de vives critiques de la part de la JIRS de Marseille dans ce dossier.

Tout a éclaté, le 28 septembre, lors d’un vaste coup de filet lancé contre la bande du Petit Bar. Leur chef, Jacques Santoni, présenté comme le parrain de la Corse-du-Sud, est soupçonné d’être le commanditaire de la tentative d’assassinat d’un criminel concurrent, Guy Orsoni, en septembre 2018. Jacques Santoni, 42 ans, tétraplégique depuis un accident de moto fin 2003, a été mis en examen le 30 septembre pour « association de malfaiteurs en vue de commettre un crime ». Il récuse les accusations.

Alors que de nombreuses perquisitions et arrestations étaient menées en Corse et sur le continent dans ce dossier, qui comprend aussi un volet financier, les magistrats de la JIRS de Marseille, à l’instruction et au parquet, ont découvert incidemment que les policiers chargés des actes d’investigation avaient entrepris, à leur insu, une négociation avec Joseph dit « José » Menconi, un malfaiteur chevronné placé en garde à vue. L’un des policiers qui tentait de trouver un accord secret avec Menconi a, en effet, joint la femme de ce dernier pour évoquer la discussion en cours sur une ligne téléphonique qui avait été placée sur écoute par la JIRS dans un autre dossier.

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