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« L’épisode de l’article 24 montre le poids que s’est octroyé Gérald Darmanin dans le dispositif gouvernemental »

Chronique. Il a beau faire, le mal est fait. Lundi 23 novembre, Gérald Darmanin a reçu plusieurs organisations de journalistes pour tenter de les rassurer sur la nature du désormais célèbre article 24 de la proposition de loi sur la sécurité globale. Le texte, en lui-même, était déjà sensible. Le ministre de l’intérieur a contribué à l’envenimer par des déclarations musclées qui l’ont ensuite contraint au repli. Le jeu, dangereux, est symptomatique des contradictions de la période : jusqu’où le macronisme doit-il dériver à droite pour survivre ?

S’inscrivant dans le contexte des violentes manifestations qui ont marqué le quinquennat, l’article 24 vise à protéger les policiers filmés au cours des manifestations pour être ciblés sur les réseaux sociaux. Avant même que le ministre de l’intérieur y apporte sa propre interprétation, le texte soulevait de fortes inquiétudes : les conditions de son application étaient si peu claires que le soupçon d’entrave au droit d’informer a immédiatement surgi.

A ce doute s’en est ajouté un autre : sous couvert de protéger les policiers, le gouvernement ne cherchait-il pas plutôt à les dédouaner d’éventuelles violences ? C’est la thèse du leader de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, qui, à la faveur de deux manifestations de protestation, a trouvé l’occasion de marquer son entrée dans la campagne présidentielle de 2022. La députée La République en marche Alice Thourot, l’une des rédactrices de la proposition de loi, a eu beau contre-attaquer en affirmant qu’« il ne s’agit pas d’empêcher les journalistes de prendre des images », son argumentaire a été annihilé par les propos du ministre de l’intérieur, qui a multiplié les coups de menton avant de se faire recadrer par le premier ministre.

Gérald Darmanin a commencé par se féliciter sur BFM-TV de tenir la promesse qu’il avait faite aux policiers de ne plus voir leur image ainsi que celle des gendarmes diffusées sur les réseaux sociaux. Il a ensuite précisé, avant de se rétracter, que les journalistes qui couvrent les manifestations devraient « se rapprocher des autorités ». Etait-on en train d’assister à la dérive autoritaire d’un régime libéral ? Allait-on voir le président de la République, Emmanuel Macron, endosser l’habit de Napoléon III ?

Pour casser le procès, le premier ministre, Jean Castex, a dû introduire dans l’article 24 une double précision. La pénalisation visant la diffusion de l’image d’un représentant des forces de l’ordre en intervention, dès lors que celle-ci a pour but de porter « atteinte à son intégrité physique ou psychique », ne saurait porter « préjudice au droit d’informer ». En outre, l’intention malveillante devra être « manifeste ». Si le texte survit aux différentes navettes parlementaires, on sera curieux de connaître l’avis du Conseil constitutionnel.

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