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Crise du Covid-19 : pourquoi les soignants rendent leur blouse blanche

Il y a quelques jours, la question est posée aux infirmiers. La crise du Covid que nous traversons vous a-t-elle donné envie de changer de métier? Sur 60 000 blouses blanches, près de 40 % répondent « oui » (consultation réalisée auprès de l’Ordre des infirmiers, du 2 au 7 octobre, auprès de ses adhérents). Le résultat surprend, inquiète même l’ordre national des infirmiers à l’origine de cette consultation que nous révélons. « Ce chiffre est important, voilà pourquoi on lance l’alerte, prévient son président Patrick Chamboredon. On observe un mal-être croissant en à peine six mois ». A l’heure où la marée du Covid remonte, avec plusieurs villes en « alerte renforcée » ou « maximale », les soignants, eux, sont à bout de forces, au point de rendre leur blouse blanche.

Très attachés à leur métier, ils ont résisté tant qu’ils ont pu. Mais depuis le mois de mars, près de deux tiers déclarent que leurs conditions de travail se sont détériorées alors que 34 000 des 700 000 postes sont vacants en cette rentrée. Manque de reconnaissance, salaires trop bas, charge de travail colossale… Là encore les chiffres sont sans appel. Si 33 % des infirmiers, interrogés, estiment qu’ils étaient en épuisement professionnel avant la crise, ils sont aujourd’hui 57 % à se considérer en burn-out.

Bien avant l’épidémie, les soignants criaient leur colère dans la rue contre le manque de moyens, de matériel, d’effectifs à l’hôpital. Puis la déferlante est arrivée, ils ont tenu, à quel prix? Un sur cinq n’a pas pris de vacances depuis mars alors même que les hôpitaux de Paris « souhaitent » que certains soignants renoncent aux congés de la Toussaint pour faire face au rebond épidémique. « Ne pas voir le bout du tunnel, lorsqu’on est en première ligne, c’est très compliqué, explique Patrick Chamboredon. Tout le monde se pose la même question : quand est-ce que ça va s’arrêter? ». Le plan de 8 milliards d’euros annoncé cet été par le gouvernement lors du « Ségur de la santé », qui était pourtant de grande ampleur, pour rénover le système n’aura pas suffi à calmer la gronde.

Les hospitaliers ont appelé jeudi à une nouvelle journée d’action pour les salaires et des embauches massives. « On nous dit, vous avez le Covid, venez quand même travailler. Dans mon service, 5 infirmiers veulent partir, témoigne, d’un ton triste, Arthur (le prénom a été changé), qui exerce en réa dans un hôpital dans le Nord. Aujourd’hui, la moitié du service est pleine de malades du coronavirus mais quand on dit que l’épidémie repart, la population ne nous croit plus! ».

Et l’envie de jeter sa blouse ne germe pas seulement chez les infirmiers. L’association « soins aux professionnels de santé », qui vient en aide aux blouses blanches, reçoit encore cinq à dix appels par jour de soignants, des sages-femmes aux préparatrices en pharmacie. Certes, on est loin des 150 coups de téléphone par jour au pic de la crise. Mais au bout du fil, les discours ont changé. « La peur immédiate a laissé place à la peur de l’avenir, décrit Catherine Cornibert, la directrice des actions dans l’association. En mars, les soignants parlaient de l’absence de protection, de la crainte d’être contaminé, aujourd’hui, ils sont anxieux pour la suite. Même si cela reste une minorité, certains disent « j’arrête, j’en peux plus ». Ces témoignages, on ne les entendait pas avant l’épidémie ». En somme, dit-elle, « le coronavirus a mis en lumière une souffrance qui existait déjà, il a révélé le ras-le-bol ».

Ici, c’est une infirmière qui va devenir pâtissière. Là, une aide-soignante en infectiologie qui change de service. « On manque à nouveau de gants, les masques arrivent toujours au compte-gouttes, le personnel est épuisé donc beaucoup sont en arrêt, les infirmières se retrouvent seule à gérer un étage de 15 patients lourds avec un seul aide-soignant ». Ou encore, les auxiliaires de vie, retombées, disent-elles dans l’oubli. « Entre nous, on se surnomme les invisibles », confie Christina, 46 ans, qui exerce dans le Territoire de Belfort. La prime Covid, attendue, à Noël ne suffira pas à la retenir. « L’épidémie, ça a été la goutte d’eau, on a été applaudi puis plus rien », raconte celle qui gagne 1 380 euros nets après 25 ans de métier. Christina claque la porte. Elle réfléchit déjà à aller travailler dans un supermarché qui lui promet un salaire plus élevé. Lire à partir de la source….